Humanisme et Espéranto : conférence du professeur Duncan Charters

Pour l’initiateur de l’Espéranto, le docteur Ludovik Zamenhof, le projet d’une langue internationale était intimement lié au développement de valeurs universelles de tolérance, de respect mutuel et de paix. Le professeur Charters a montré, sur la base de travaux universitaires que ce projet pouvait s’enraciner dans une démarche anthropologique puisque cette science ne se contente plus aujourd’hui de décrire des sociétés humaines passées ou lointaines mais aspire à examiner des avenirs possibles. Quelle sont les valeurs qui peuvent aujourd’hui servir de socle à un avenir désirable pour l’humanité ?

Article mis en ligne le 21 mars 2017

par Michael Leibman
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Le 5 mars, lors du Salon Primevère de Lyon, Duncan Charters, Professeur d’espagnol et Directeur du Département des Humanités de l’Université Principia (Illinois, Etats-Unis), a donné une conférence sur le lien entre l’humanisme et l’espéranto.

Dans une première partie, il a rappelé que le terme « développement durable » tel que défini par l’UNESCO, ne se limite pas à la défense de l’environnement, mais inclut la promotion de la démocratie, de la justice et d’une économie aux services des êtres humains et de la nature. Dans ce cadre, il existe aujourd’hui de nombreuses organisations non-gouvernementales pour promouvoir des causes telles que la liberté d’expression, l’éducation inter-culturelle, le commerce équitable ou encore la simplicité volontaire. Mais qu’en est-il des questions linguistiques ? Dans ce domaine, les problèmes ne sont mis en évidence que dans des cas particuliers : par exemple lorsque surgissent des conflits inter-éthniques ou des vagues de réfugiés. Pour résoudre les problèmes de communication entre peuples de différentes langues, c’est tantôt le cas par cas qui prévaut, tantôt le recours à l’anglais comme langue pont. Par ailleurs, une vision futuriste nous assure que l’informatique balaiera un jour tous nos problèmes de traduction.

On ne peut cependant pas échapper aux questions suivantes. L’utilisation d’une langue
fondamentalement nationale telle que l’anglais, comme outil de communication internationale ne porte-t-elle pas atteinte à la diversité des identités et des cultures ? Si, comme certains l’avancent, l’anglais véhicule dans le monde contemporain une idéologie marchande, ne joue-t-il pas alors un rôle colonisateur et anti-démocratique ? Enfin, où est la justice lorsqu’on exige d’un Italien ou d’un Chinois qu’il apprenne l’anglais alors que le privilège d’être né Américain ou Britannique dispense le plus souvent de tout effort d’apprentissage des langues ? Et lorsque certains politiques américains ou australiens, s’exprimant en anglais, nient la dangereuse réalité du changement climatique, pourquoi faut-il que les citoyens de la planète souffrent d’un handicap linguistique pour leur porter la réplique ?

Le professeur Charters a consacré la deuxième partie de son exposé à examiner les valeurs éthiques qui ont inspiré le fondateur de l’espéranto, et qui doivent continuer à nous inspirer à l’avenir. Il a d’abord rappelé que la Présidente de la société nord-américaine d’anthropologie, la professeure Monica Heller, avait consacré son discours de fin de mandat au projet du docteur Zamenhof. La devise de la « American Sociological Association » est « faire progresser la science pour résoudre des problèmes humains ». Selon la Présidente l’examen du projet de Zamenhof permet de mettre en lumière les débats qui parcourent le champs de l’anthropologie : que signifie vraiment « être humain » ? Quelles transformations des sociétés humaines sont souhaitables et dans quelle mesure est-il possible aux humains d’agir pour les effectuer ? Que signifie la devise « résoudre des problèmes humains » ? Toujours selon Monica Heller, c’est en examinant des « mondes alternatifs » tel que celui proposé par Ludovik Zamenhof que l’on peut tenter de trouver des réponses. Zamenhof ne concevait pas l’Espéranto comme un simple outil de communication, mais comme un levier destiné à établir une morale et une culture universelle, une philosophie qu’il nommait « Homaranismo », terme qui souligne notre appartenance commune à l’humanité. Après un aperçu des vicissitudes rencontrées par l’espéranto au cours du 20ème siècle le professeur Charters a discuté de l’importance des valeurs universelles aujourd’hui, en se référant notamment aux travaux du journaliste et universitaire Rushworth Kidder. Ce dernier a mené un long travail pour tenter de déterminer quelles valeurs éthiques étaient reconnues dans l’ensemble des cultures du monde. Ses recherches, ont permis de dégager l’amour, la vérité, la justice, la liberté, la responsabilité, la tolérance, l’unité, et le respect du vivant. En réponse à une question de l’auditoire, le professeur Charters a souligné que ni ces valeurs ni leur promotion ne sont propres à l’espéranto. Toutefois, on peut facilement imaginer que l’enseignement de l’espéranto, dès l’école primaire, permettrait d’insister sur les points communs à l’ensemble des cultures du monde alors que l’enseignement actuel des langues et des sciences sociales privilégie plutôt les différences.




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